Miettes d’Eternité

De Laurent Choubrac et Jean-Christophe Pagnucco

Il est 8 heures en ce samedi matin. J’insère le CD1 de Miettes d’éternité dans le lecteur, casque sur les oreilles. J’ai ce double album entre les mains depuis quelques heures et j’ai hâte de le découvrir. Après le 1, le 2, et au final l’angoisse. Quelques titres me sont connus, mais je le répète: c’est l’angoisse.

Chez moi, une première écoute détermine si je vais aimer ou pas. Et là, je ne sais quoi penser. L’inquiétude: je ne peux pas rester insensible aux chansons de Laurent et de Jean-Christophe. Peut-être que le fait d’être rentrer tard d’un concert des Witch Doctors est un début d’explication. Jusqu’ici, les titres des autres albums de nos deux compères me sont connus. J’ai donc cru que ce double album allait être consommable tout de suite. Mais on est pas dans un fast-food. Ce disque doit s’écouter, se déguster.

Miettes d'éternité
Photo: Virginie Cuet

J’ai attendu l’après-midi d’avoir l’esprit un peu plus clair pour une deuxième, puis une troisième écoute. Et là, le sourire revient, en même temps que le plaisir de découvrir ces nouveaux morceaux. Déjà, deux ou trois titres sortent du lot. Je suis rassuré: le responsable de mon angoisse du matin est bien moi, seulement moi. J’aurais du dormir un peu plus 🙂

Comment se passe la composition des titres: Texte sur musique, musique sur texte, ou musique et texte ?
En ce qui me concerne, je pars quasiment exclusivement d’idées musicales et de mélodies que j’enregistre sur un magnéto « bloc  notes » et je pose ensuite des textes. Il m’arrive parfois d’avoir des bouts de textes qui viennent se coller sur une mélodie trouvée ensuite et que je développe en chanson, mais c’est assez rare.
Laurent
Pas de méthode ! En général, tout vient d’un bloc. Une phrase entraîne une mélodie, puis la mélodie se développe et le texte me raconte son histoire. Ensuite, je reviens peaufiner afin de lui donner une meilleure cohérence et surtout d’appliquer quelques ficelles apprises au fil du temps (les rimes riches si possibles, les allitérations, les sifflantes, la rythmique interne du texte…). Parfois, j’écris un texte. Plus rarement, j’ai une mélodie orpheline. Parfois une chanson composée il y a 20 ans et oubliée ressurgit tout à coup et trouve enfin sa pertinence en lui changeant deux mots ou deux notes… C’est mystérieux, toujours surprenant, et surtout imprévisible la création. Et bien sûr, elle n’arrive ni sur commande, ni au moment où tu l’attends… Il faut se nourrir, vivre, observer, aimer, souffrir, lire, regarder des films, écouter des disques, voir des concerts… et de tout ça naîtra forcément quelque chose, au moment opportun…
Jean-Christophe
Je dois avouer, au premier abord, que j’ai plus facilement appréhendé les paroles des morceaux de Laurent que ceux de Jean-Christophe. Comment concevez vous vos textes ?
C’est parce que les textes de Jean-Christophe sont beaucoup plus élaborés que les miens et nécessitent un temps de réflexion plus long 🙂 . Blague à part, c’est très variable. Ca peut venir d’une idée simple ou d’un thème qui m’intéresse que je tente de développer, exemple avec « Les mots ». J’ai trouvé assez marrant de mettre des mots sur les mots. Ca peut venir de l’observation du monde qui nous entoure (« Tenir debout » et l’obligation dans laquelle certaines classes sociales sont tenues à la compétition) ou tout simplement de personnes rencontrées ou de notre propre vie, réelle ou fantasmée (« Miettes d’éternité », « Qui suis-je pour te dire », « Tant de choses à faire ») ou encore d’hommage à nos héros musicaux (« Hey Mister so Young »)
Laurent
Voir au dessus 😉 il est vrai que je suis plus volubile que Laurent, et je m’exprime aussi dans un style plus « parlé » alors que Laurent est plus fréquemment lettré et poétique…après personne n’a jamais dit que ça devait être forcément toujours « facile » d’appréhender une chanson 😉
Jean-Christophe

Quelques écoutes plus tard, je continuais de découvrir et d’apprécier une à une les compositions “americana francophone” de Laurent et Jean-Christophe.

Deux styles d’écriture de textes, mais un disque homogène. Comment avez-vous travaillé sur ce point ?
Mis à part « Le temps de vivre » que Jean-Christophe a écrit sur une de mes musiques, pour le reste, chacun amène ses chansons. Parfois, il arrive qu’on ne « sente » pas la chanson de l’autre, mais c’est assez rare. Parfois il arrive qu’on ne trouve pas sa propre chanson en accord avec la production artistique du moment mais c’est l’autre qui nous pousse et dit  « Mais elle est super cette chanson, on la garde »
Laurent
on est assez « clients » l’un de l’autre… souvent, on croit plus aux chansons de l’autre que son auteur… donc c’est de l’émulation, de la motivation, de la contribution aux arrangements et aux mises en place… Je crois que chacun a été déterminant de l’arrangement des chansons de l’autre. C’est le versant le plus idéal de toute collaboration.
Jean-Christophe

Un aboutissement ?

Un peu d’histoire pour encore mieux comprendre cet album. Laurent et Jean-Christophe, c’est 11 ans d’une vraie amitié. C’est en 2011 qu’il se rencontre dans une émission de radio. Le courant passe très vite entre ces deux passionnés de musique américaine. Nos deux compères ont une connaissance encyclopédique de la musique et leurs échanges sont de vrais parties de ping-pong.

Donc naturellement, l’un collabore plus ou moins à l’album solo de l’autre et vice-versa. Puis l’envie vient de faire quelque chose ensemble: se sera Va Savoir Où Ce Chemin Nous Mène. Bel album, sortie quelques semaines avant le premier confinement.

Comment situer Miettes d’éternité par rapport au précédent ?
Sur cet album, tout le travail a été pensé en commun, contrairement au précédent où il y a des titres que j’avais enregistrés seuls et sur lesquels Jean-Christophe ne figure pas. Sur celui-ci, nous jouons tous les deux sur tous les titres et nous avons élaboré les arrangements ensemble.
Laurent
Il est plus abouti, plus pensé. Chaque note jouée a été pensée ensemble. En raison du nombre de titres, la palette sonore est aussi plus large, ce qui nous a permis d’exprimer beaucoup plus de choses musicalement et dans les textes. Nos inspirations sont variées et c’est agréable de faire, sur ces 24 titres, un véritable voyage dans tout ce qui nous fait vibrer en musique, en conservant bien sûr toute notre spontanéité et sans que cela soit un pur exercice de style.
Jean-Christophe

Ce confinement ! Il est l’objet de deux titres du nouvel album. Les déjà connus Changer d’Air (Laurent) et Ballade Pour Un Lockdown (Jean-Christophe). Ils sont d’ailleurs bien représentatif du style d’écriture de nos compères. Ici même thème, traitement différent. Période difficile aussi pour les artistes. On retrouve d’ailleurs cette envie d’en sortir et de retrouver cette joie de jouer de la musique dans le duo Hello Part’naire .

Un autre duo figure sur le CD1: Le Bonheur. Tout est dans le titre. Ils l’ont trouvé semble-t-il.

Photo pochette intérieure: Jacks Pixels

C’est donc un album de 24 titres. Toutes des compositions originales et personnelles de Laurent et de Jean-Christophe. Même si les trois titres précédemment cités ont déjà été interprété sur scène.

Alors que certains ont du mal à faire un album de 12 titres, vous c’est 24. C’est un peu surprenant. Pourquoi un double album ?
On avait beaucoup de chansons en stock et on s’est assez vite rendu compte qu’on dépasserait le format habituel des 12/13 titres (pour rappel, il y en avait déjà 14 sur le précédent). A partir de là, soit on sortait un cd 12 titres et on en gardait 12 autres pour un cd ultérieur, soit on faisait le pari d’un double. Cela nous a semblé plus cohérent de sortir les 24 titres issus d’une même période d’enregistrement.
Laurent
Nous avons la chance de pouvoir travailler sans pouvoir nous préoccuper du moindre impératif commercial. L’inspiration étant au rendez-vous, tout comme le bonheur de travailler ensemble, pourquoi se priver ? Peut-être que le prochain sera triple (Laurent vient de s’évanouir… je le réanime…).
Jean-Christophe
Pour les instruments, qui a fait quoi ? (Guitares, basse, batterie, claviers, harmonica, …)
J’ai fait les programmations de batterie à partir d’un logiciel élaboré avec des « vraies » parties de batterie (pas une boite à rythme, je précise). Je ne suis pas batteur mais cela nécessite tout de même certaines connaissances rythmiques. Jean-Christophe fait quasiment toutes les parties de basse et de guitares acoustiques, moi toutes les parties de guitares électriques (sauf le solo de Manu sur  Tant de choses à faire ), quelques acoustiques et un peu de basse. L’harmonica c’est Jean-Christophe et si je suis crédité du piano, c’est parce que j’en ai joué un tout petit peu mais le vrai pianiste c’est Jean-Christophe…en fait c’est limite usurpation d’identité mon histoire de piano …
Laurent
D’ailleurs, à part les choristes, et Manu sur un titre, il n’y a pas eu d’autres intervenants sur ce disque : un choix, des contraintes ?
Du fait des conditions particulières au début de l’enregistrement (Confinement puis couvre-feu), il était plus simple de rester à deux pour avancer assez vite. Par la suite, le solo de Manu s’est imposé car je ne sais pas faire ce genre de solo aussi bien que lui et comme sur l’album précédent où j’avais demandé à mon complice des Barnguys et de Westbound de faire un solo, je trouvais ça sympa d’inviter un guitariste avec qui je croise le manche régulièrement. Il faut savoir tout de même qu’Olivier Gebenholtz,  Emmanuel Desnos et Thierry Thomas sont de toutes façons obligés d’apprendre toutes les chansons de l’album puisque c’est eux qui les jouent « live » avec nous.
Laurent
On était très bien tous les deux ! Et ça nous a permis de travailler à notre rythme !
Jean-Christophe
Photo pochette intérieure: Jacks Pixels
Quelles ont été vos sources d’inspiration ? En dehors du confinement ou la situation sanitaire que l’on retrouve sur trois titres ?
Je pense que j’ai répondu précédemment. Après, je rajouterai qu’il y a plein de choses d’autres qui m’inspirent en plus tels que les livres que je lis, les films que je vois et le monde qui m’entoure, que ce soient les gens ou les paysages.
Laurent
Voir au-dessus aussi ! La vie, l’art et l’amour, pour faire bref.
Jean-Christophe

A suivre …

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